BARBET Edmond Henri Joseph (22/08/1881 - 02/03/1915)

Morts pour la France du Mesnil-Théribus :

BARBET Edmond Henri Joseph (22/08/1881- 02/03/1915)

• Edmond BARBET est né le 22 août 1881 au Mesnil-Théribus, fils de Zéphyr Edmond BARBET tabletier, et d'Augustine DECERTEUIL.
• N° 643 sur la liste du recensement du début de l'année 1902, Edmond BARBET tire le n°50 de tirage au sort du canton d'Auneuil, plutôt un petit numéro. Le Conseil de Révision le déclare Bon avec le degré d'instruction générale 3.
• Le ministère de la guerre après avoir recueilli le rapport statistique et le ''compte numérique et sommaire de chaque département'' envoyés par les préfets, organise l'appel de la classe en répartissant le contingent de l'année en fonction des besoins. Il fixe le pourcentage entre les petits et gros numéros.
• Au mois d'août devant l'affichage de la mairie du Mesnil-Théribus, Edmond BARBET apprend qu'il est dans la première portion de la liste, il va faire trois ans de service armé, c'était bien un petit numéro.
• Le 1er novembre 1902, il est incorporé au 128e RI sous le matricule au corps n°4191 comme soldat de 2e classe; faisant partie de la base de la hiérarchie militaire française, il est un militaire du rang sans insigne de grade.
• Le 6 juin 1903, Edmond BARBET réussit à obtenir la distinction de soldat de 1ère classe.
• Puis le 20 septembre 1903, il postule logiquement et obtient le grade de caporal. Désormais il porte comme signe distinctif, un chevron simple de couleur rouge et il supervise une escouade de 15 hommes, dont il gère le couchage, les distributions, la cuisine, la nourriture, etc..
• Ensuite, il postule pour le grade de sergent qui lui est accordé le 19 septembre 1904. Edmond BARBET est dorénavant un sous-officier et porte un galon de couleur or. Il surveille sa demi-section composée de deux escouades, pour qu'elle applique au mieux les ordres du chef de section, commandée par un lieutenant. À la tête de sa demi-section, il est responsable d'une unité de manœuvre qui constitue un élément d'avant-garde ou de flanc-garde. Son équipement est allégé par rapport à un soldat; il n'a que 56 cartouches, ce qui ne lui permet pas de prendre part systématiquement aux tirs, en cas de conflit armé.
• Son père Zéphyr BARBET est cultivateur et conseiller municipal en 1904-1905, et membre de la Commission des Chemins.
• Le 25 septembre 1905, il est envoyé en congé avec son Certificat de bonne conduite '' accordé''.
• Edmond BARBET passe dans la réserve de l'armée d'active le 1er novembre 1905.
• De retour au Mesnil-Théribus, il est charretier chez son père, et il se marie le 10 novembre 1906 à Jouy-sous-Thelle, avec Mathilde CAHIER.
• Le 10 septembre 1907, le couple BARBET est domicilié à Jouy-sous-Thelle et le 3 janvier 1909 au Vauroux.
• Affecté au 51e RI, Edmond BARBET y accomplit ses deux périodes d'exercices du 3 au 25 novembre 1909 et du 3 au 19 novembre 1910.
• En 1914, il exerce le métier de cultivateur, alors que ses parents sont tous deux tabletiers.

• 1914 … mois d'août à décembre...
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◦ Le 1er août 1914, au moment où est diffusé le télégramme ministériel '' Ordre de Mobilisation générale. Le premier jour de la mobilisation est le 2 août'', Edmond BARBET sait qu'il doit se préparer à rejoindre la caserne de son régiment comme réserviste.
◦ Le 4 août, il entre à la caserne Watrin à Beauvais (*) où on lui affecte le matricule au corps n° 012108, à la 12e Compagnie (Cie)(**), du 3e Bataillon d'Infanterie (Btn) commandé par Mayer-Samuel, du 51e Régiment d'Infanterie (RI) réunissant 3313 hommes, 6e Brigade (Bde), 3e Division (Div) du général Régnault, 2e Corps d'Armée (CA), Ve Armée.
◦ La 6e Bde est commandée par le général Carré et comprend 121 officiers, 6579 hommes de troupe et 351 chevaux.
◦ En octobre le commandant Girardon prend le commandement du 3e Btn en remplacement du commandant Mayer-Samuel, évacué pour maladie.
◦ Edmond BARBET reste au dépôt jusqu'au 21 décembre.
◦ Le 22 décembre, face à la perte en hommes sur le front, les réservistes sont sollicités et Edmond BARBET part aux Armées, en renfort au 51e RI. Au moment où Edmond BARBET arrive au corps, l'offensive de la première bataille de Champagne qui est déjà lancée, s'étend de la mer du Nord à Verdun.
◦ Au début de la guerre l'État-Major français suit la stratégie du Plan XVII, élaborée en 1913 sous la responsabilité du général Joseph Joffre. L'application de la stratégie de la guerre à outrance de ce plan, sera très couteuse en vie humaine, en particulier lors de la Bataille des Frontières et de la Bataille de la Marne. En effet pour le généralissime Joffre, la victoire dépend essentiellement de l'esprit combatif et de la volonté des soldats armés seulement de fusils à baïonnette et du canon de 75. Stratégiquement, pour Joffre, la clé de la victoire c'est de « rompre le front adverse pour déboucher sur les vastes espaces où la ''vraie'' guerre pourrait avoir lieu ». Ce n'est pas l'avis du général Lanrezac, commandant la Ve Armée, pour qui la victoire dépend surtout de la puissance de l'artillerie, de la manœuvre et de l'initiative, ce qui va s'avérer exact.
◦ La stratégie allemande du Plan Schlieffen-Molke était connue de l'État-Major français depuis 1904. Dès 1914 le général Helmut von Molke dirige une armée rapide, facilement manœuvrable, aussi bien offensive, avec une artillerie lourde très puissante et défensive avec la MG08 ou Maschinengewehr 08, une mitrailleuse à la puissance de feu redoutable, inventée par l'américain Maxim et produite par les arsenaux impériaux allemands.
◦ Du côté français, on juge superflues ces armes modernes. Excepté le canon de 75, d'une grande efficacité et redoutée des fantassins allemands, l'artillerie française est dans l'ensemble très inférieure à l'artillerie allemande. Début 1914, l'artillerie lourde française est constituée de 280 pièces contre 848 pour l'artillerie allemande. Dès le début du conflit, l'armée allemande a rassemblé des forces supérieures en homme et en feu, avec son artillerie lourde et ses innombrables mitrailleuses.

• 1915 … mois de janvier …
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◦ Le 1er janvier, l'ordre général de la 3e Div ''prescrit de montrer la plus grande vigilance défensive et de maintenir à tout prix l'intégrité du front, mais aussi de préparer de petites offensives locales et de très bien régler le tir de nombreuses pièces de tous calibres sur des points choisis judicieusement.''
◦ Du 16 janvier au 9 février, Edmond BARBET est au repos au cantonnement d'Auzecourt et de Laheycourt; le temps passé au repos a été mis à profit pour la reconstitution des unités, le recomplètement en cadres et en effectifs. D'autre part les hommes sont ré-entrainés progressivement à la marche et leur instruction militaire a été reprise et poussée, afin de les rendre aptes à la guerre moderne. L'alimentation est améliorée : la 3e Div fait prescrire l'achat de légumes, fromage, confitures et sucre. Le soldat reçoit tous les jours trois quarts de litre de vin, dont l'un est donné chaud et sucré à la rentrée de l'exercice de l'après-midi

• 1915 … mois de février …
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◦ Alors que le Général Chrétien remplace le Général Cordonnier au commandement de la 3e Div, l'ordre est donné le 10 février de changer de cantonnement; le 51e RI, sous les ordres du Lieutenant Brion, se déplace à Herpont et à Dommartin-sur-Yèvre. Edmond BARBET est au repos jusqu'au 18 février.
◦ Le 19 février, le 51e RI va canonner à Saint-Mard-sur-Auve , La Chapelle, Dampierre-le-Château et Rapsécourt.
◦ Le 20 février, le 51e RI vient cantonner dans les abris entre Somme-Tourbe et Somme-Suippe.
◦ Dans la matinée du 21 février, le général Chrétien vient visiter les abris de Somme-Tourbe. Le 51e RI est dirigé sur le Bois de la Truie où il se porte en ligne dans la nuit du 21 au 22 février. L'objectif est la cote 196, tenue par les Allemands. À 10h il reçoit l'ordre de s'emparer des tranchées ennemies au sud de la cote 196. Mais escalader les pentes battues par le feu des mitrailleuses de la Garde allemande, ne sera pas une tâche facile.

◦ Le 22 février dans la matinée, l'artillerie est déclenchée et ouvre quatre brèches dans les tranchées ennemies devant le front de chaque régiment.
▪.......... À 14h45, le tir de préparation très intense dure 15 minutes; puis il s'allonge pour laisser la place aux fantassins.
▪..........À 14h55, soit un peu avant la fin du tir, le 2e Btn Zeil sort de ses tranchées et doit grimper un glacis de 500 m. Au bout de 200m il est stoppé par le feu de la 2e ligne ennemie, située à 80m de sa 1ère ligne. Le bataillon se replie en laissant cependant quelques éléments dans le Bois Allongé qui s'y fortifient aussitôt.
▪..........À 18h, une contre-attaque ennemie est repoussée après avoir subi des pertes énormes.

◦ Le 23 février, l'attaque est reprise et c'est au tour des hommes du 3e Btn Girardon de monter à l'assaut; Edmond BARBET est de ceux-là. La préparation de l'artillerie a lieu dans les mêmes conditions que la veille, mais heureusement avec plus de précision.
▪...........À 16 heures, l'assaut est lancé dans le brouillard, où certains éléments s'égarent et retombent dans les tranchées françaises. Sous la fusillade ennemie, il devient impossible de reprendre la bonne direction. Au même moment une contre-attaque allemande se produit sur la tranchée occupée par un peloton de la 9e Cie du 3e Btn qui parvient à la repousser. Malgré les tentatives d'infiltration homme par homme et le lancement de pétards, les Français n'arrivent pas à progresser. Seule une section de la 10e Cie arrive à atteindre le Bois Rabougri et s'y retranche aussitôt. À la tombée de la nuit, le reste de la 10e Cie rejoint la tranchée et organise la défense de la lisière du bois tout en repoussant une contre-attaque.
▪..........La journée s'achève avec un bilan humain de 40 blessés, 18 tués et 7 disparus dont parmi eux Charles Quillet, un camarade mesnillois du Régiment d'Edmond BARBET.

◦ Le 24 février, il reste à conquérir le Bois Jaune Brulé, puissamment organisé par l'ennemi en ''différentes lignes de défense, avec des flanquements casematés pour mitrailleuses et canons-révolvers''.
▪.......... le 51e RI consolide ses positions; à coup de pétards et de bombes, il gagne environ 20 mètres de tranchées à l'ouest de la tranchée conquise à la lisière sud du Bois Allongé. Il renforce l'occupation du Bois Rabougri et creuse des tranchées à l'est et à l'ouest de ce bois, pendant que le Génie relie par des boyaux la nouvelle tranchée à l'ancienne. L'ennemi n'est plus qu'à 150 mètres.
▪..........Le 2e Btn Zeil quitte ses tranchées pour aller se reformer au Bois Onze. Il est remplacé par le 3e Btn ; Edmond BARBET se retrouve en 1ère ligne du front.
▪..........À 19h, la 11e Cie Pothuau est remplacée dans sa tranchée par la 2e Cie qui était en réserve au Bois de la Truie. La 11e Cie se déploie en tirailleurs et se porte à la hauteur du Bois Rabougri. Aidée par la compagnie du Génie, elle ébauche une tranchée parallèle à la 1ère ligne, pendant que la 10e Cie s'étendant sur la droite, construit également une nouvelle tranchée. Le Génie aménage un boyau de communication entre la tranchée de 1ère ligne et le Bois Rabougri.
▪..........On compte en fin de journée 20 blessés et 17 tués.

◦ La journée du 25 février et la nuit du 25 au 26 sont consacrées par le 51e RI à la continuation de la tranchée située à 300m en avant de la 1ère ligne, pendant que la 12e Cie commence à creuser une tranchée de raccord avec celle occupée par la 11e Cie. Le 3e Btn est relevé par des unités du 1er Btn qui s'étend jusqu'au Bois Bistre.

◦ Le 26 février, Edmond BARBET va se lancer avec le 3e Btn Girardon à une attaque vers la cote 196.
▪..........Il s'agit de collaborer avec un bataillon du 87e RI qui est amené à pied d'oeuvre dans les tranchées des 1ère et 3e Cies. Il sont soutenus par deux compagnies du 3e Btn du 51e RI engagés dans le boyau reliant le Bois Rabougri à la tranchée de la 2e Cie.
▪..........Après la préparation d'artillerie, le Bataillon Pointurier du 87e RI s'élance vigoureusement dans tranchées pour gagner le Bois Allongé. À sa droite, la 6e Cie du Capitaine Pipart est violemment prise à partie par un feu nourri d'infanterie, tuant le Capitaine et blessant le Lieutenant. La 6e Cie doit se replier dans la tranchée, entrainant dans son mouvement une partie de la 8e Cie du 87e RI. L'autre fraction de cette compagnie peut néanmoins progresser et gagner la lisière du Bois Allongé, à la hauteur de la 8e Cie du 51e RI .
▪..........Les 5e et 7e Cies du 87e RI avec le Commandant Pointurier s'emparent de la 1ère tranchée du bois Allongé sur 400m environ ; puis renforcées de deux compagnies du 3e Btn du 51e RI, elles s'emparent d'une autre tranchée, située à 100m plus en avant et sur une longueur de 250 m. Pendant ses assauts, le Commandant Pointurier ayant été tué, le Commandant Girardon prend le commandement des unités d'attaque. Il fait retourner les tranchées conquises et établir un boyau de communication avec le Bois Rabougri.
▪..........Pendant cette attaque, le 2e Btn du 51e RI a pu gagner les tranchées sur la crête au sud du Bois de la Truie.
▪..........À la tombée de la nuit, les deux dernières compagnies du 3e Btn sont envoyées en renfort à la disposition du Commandant Girardon.
▪...........Pendant la nuit du 26 au 27, de furieuses contre-attaques allemandes se produisent sur la gauche où une fraction ennemie réussit à occuper un coin d'une tranchée, d'où elle en est finalement chassée. La 6e Cie du 51e RI est chargée de continuer la tranchée de raccord ébauchée la veille par la 12e Cie et de continuer vers l'est la tranchée venant du Bois Rabougri.
▪...........La journée du 26 se solde par la prise de deux mitrailleuses allemandes et un poste téléphonique. On doit déplorer la perte de 9 tués, 58 blessés et 3 disparus.

◦ Le 27 février est employé à organiser plus solidement la position et à approfondir les boyaux. Plusieurs contre-attaques sur différents points sont repoussées. La partie centrale du Bois Allongé reste cependant entre les mains des Allemands, malgré toutes les tentatives pour les en déloger. Il sont aidés en cela par leurs redoutables mitrailleuses et canons-révolvers.

◦ Le 28 février, le 51e RI reçoit l'ordre de lancer une attaque sur la cote 196, conjointement avec des unités du 120e RI.
▪..........À 14h, après la préparation par l'artillerie, l'objectif du 1er Btn Hayot est d'attaquer la partie ouest de la cote 196. Les 2e et 3e Cies s'élancent à l'assaut des tranchées allemandes, suivies par deux Cies du 120e RI. Emportés par leur élan la 1ère ligne ennemie est atteinte; les troupes dépassant même la 2e ligne, se répandent dans la plaine sans rencontrer de résistance sérieuse. La ligne allemande est crevée et deux compagnies du Bataillon Girardon sont envoyées pour renforcer les unités d'attaque qui sont parvenues à 500 m d'une batterie de 77 ennemie.
▪..........Le Colonel Brion du 51e RI qui commande l'attaque ne pousse pas plus loin la progression et préfère occuper solidement les tranchées conquises et les relier les unes aux autres par des boyaux. Ils s'installent sur un front de 500m.
▪..........Après 18h, deux bataillons du 120e RI arrivent en renfort. L'un est laissé en réserve au Ravin des Cuisines et l'autre est envoyé occuper la tranchée des bois en Accent Circonflexe. Les violentes contre-attaques des Régiments de la Garde Prussienne sont toutes repoussées. Le bilan humain reste lourd: 19 tués, 64 blessés et 11 disparus.

• 1915 … mois de mars …
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◦ Le 1er mars, les directives générales pour la journée sont de se rendre maître de la totalité de la crête à l'ouest de la cote 196, pour faire sauter les défenses du Bois Jaune-Brûlé et faciliter la progression du 87e RI qui est venu en renfort. L'attaque est portée par le 120e RI.
▪...........Les unités du 51e RI qui restent en appui, résistent en 1ère lignes à de nombreuses contre-attaques. Dans le bois Allongé, l'ennemi tient toujours une portion de tranchée avec environ 250 hommes. Les pertes de la journée sont de 17 tués, 42 blessés et 4 disparus.
◦ C'est probablement pendant les combats de la cote 196, qu'Edmond BARBET est grièvement blessé et ramené vers l'arrière. Il fait partie des 604 soldats blessés pendant les durs combats de cette fin du mois de février.
◦ Le mardi 2 mars 1915, Edmond BARBET succombe à ses blessures à Saint-Jean-sur-Tourbe, à l' Ambulance 14 gr 10 -1er C.

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• Il est déclaré décédé par acte ministériel du 15 mars 1915 avec mention « Mort pour la France ».
• Il est enregistré sous le N° 853, le 2 mars 1915, dans le registre du Contrôle Nominatif Trimestriel par Corps des malades traités dans la Formation Sanitaire.
• Son corps a été transféré au Mesnil-Théribus le 17 février 1922, par voie ferrée, train n° 1051. Il est probablement inhumé dans un caveau de la famille Lefevre-Lemaitre-Barbet, à l'emplacement n°76-78 du plan du cimetière, le long du mur ouest, quatrième sépulture à l'extrémité droite.
• L'acte de décès a été transcrit au Vauroux le 24 juillet 1916, où il figure également sur le Monument Aux Morts (M.A.M.).
• Nota (*) : il en reste aujourd’hui la rue du Général Watrin à Beauvais; cette rue borde le Palais de Justice.
• Nota (**) : l'extrait du Contrôle nominatif trimestriel par corps du Service de Santé, précise qu'Edmond BARBET appartenait à la 12e Compagnie d'Infanterie.

fin